Hearst, village gaulois?

Découvrez le p'tit Québec du Nord ontarien

Hearst a la réputation d’être le village gaulois de l’Ontario français. Oui, comme le village d’Astérix et d’Obélix. Ça a même donné lieu à un documentaire radio, en 2008. Puis de bien d’autres longs reportages télé! Nous avons cherché à savoir pourquoi et comment on en est arrivé à cette réputation…

Un facteur fait l’unanimité : Hearst est une forteresse aux résidants fiers et novateurs. S’il y a un problème, Hearst y trouvera une solution originale.

Souci d’innovation et de réinvention

Oubliez les étals de poisson et les bagarres générales : ici, on est en plein cœur de la forêt boréale, et c’est la forêt qu’on exploite. Les familles Fontaine, Gosselin, Lecours et Lévesque ont lancé de grandes scieries qui ont survécu aux crises de l’industrie forestière. Et c’est pour cette raison que Hearst est nommée capitale forestière du Canada jusqu’en 2017 par l’Institut forestier du Canada.

Mais l’esprit d’entrepreneuriat local dépasse la forêt. Depuis quelques années, la Distillerie Rheault récolte les honneurs sur la scène internationale pour sa potion magique : la vodka alpha Loon, produite à partir des céréales de la région.

PHOTO : La Maison verte

Il y a aussi le journal et la radio. La Maison verte, une pépinière qui veille à la distribution de paniers de légumes et à la production de tomates et de concombres pour le marché régional. Des éleveurs d’alpagas et de chiens de traîneau. Des cultivateurs de citrouilles. Des pourvoiries. Des géants de la construction et de la distribution. Un centre de recherche sur le développement communautaire…

Vie culturelle et intellectuelle

Ce sens des affaires et l’isolement dans la forêt boréale étouffent-ils toute possibilité de vie intellectuelle? Ho, que non! Hearst compte une université, créée en 1953. En attirant, à une certaine époque, des pensionnaires de tout le Nord, elle a fait de Hearst une capitale culturelle régionale. «Cette assurance d’être si majoritaire», dit le dramaturge Jean Marc Dalpé, qui y a vécu de joyeuses résidences d’auteur. C’est dans ses locaux que sont nées de nombreuses institutions qui existent encore : le Conseil des arts, un des diffuseurs les plus novateurs de l’Ontario français, le journal Le Nord, un des derniers hebdomadaires indépendants de l’Ontario, un salon du livre, des regroupements d’artistes, des musiciens, des auteurs... La ville de 5000 habitants a même sa propre radio. 

Une fierté évidente

Résultat? Ici, on assimile à l’envers! Alors que les taux d’assimilation et d’exogamie de l’Ontario français préoccupent plusieurs personnes, 95% de la population de Hearst est franco-ontarienne (et ça mange quoi, un Franco-Ontarien, en hiver?!), avec des racines beauceronnes, gaspésiennes ou jeannoises. En Ontario, 2,5% des ménages parlent français à la maison. À Hearst, ce sont 87% des foyers! 

Cette véritable forteresse, forte de son économie, de son identité francophone boréale et de sa vitalité culturelle, est portée par des gens fiers et dévoués. On la découvre à son meilleur un soir de spectacle, pendant un carnaval ou une fête dans la rue, pendant une manifestation communautaire… Et on va chercher un peu de son énergie en s’isolant sur un lac, à la pêche…

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Orignaux Hearst
Photo : CDÉH
À propos de Andréanne Joly

Andréanne Joly est l'une des autrices du livre «En train au Canada» (Gallimard Loisirs). Elle aime explorer, fouiller et faire découvrir la francophonie de l'Ontario et ses espaces touristiques. Par leur richesse, leur beauté, leur diversité et leur accessibilité, les destinations ontariennes ne cessent de l'épater. Elle prépare des reportages et des dossiers pour L'Express de Toronto, Northern Soul, ICI Radio-Canada, TFO, Francopresse.ca, Affaires universitaires, etc. Ses reportages lui ont valu des prix nationaux d'excellence. 

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