Sur la route de l'argent à Cobalt

Découvrez les veines d'argent et les chevalements miniers de Cobalt dans ce parcours autoguidé

À partir de 1903, la plus grande ruée vers l’argent au monde a transformé les paysages de Cobalt.

En moins de 20 ans, le camp minier de Cobalt est devenu l’un des plus grands producteurs d’argent au monde. Dans la ville et tout autour, une centaine de mines ont été exploitées, livrant plus de 333 millions de tonnes d’argent.

Des « découvertes » à la chaîne

Au cours de la construction chemin de fer Temiskaming & Northern Ontario Railway, vers 1903, les cheminots ont rapidement constaté la richesse du sol. Ils ont été nombreux à enregistrer des claims miniers. 

Le plus connu d'entre tous, le forgeron Fred Larose, aurait lancé un outil en direction d’un renard, révélant ainsi de l’argent à la surface du sol. 

Le bûcheron Tom Hébert, lui, se rendait au lac Long (devenu depuis le lac Cobalt) dans l'espoir de travailler pour le T. N. & O. C'est alors qu'il a aperçu des roches aux reflets roses et verts. 

Les deux hommes ont vendu leurs claims et sont rentrés à Hull les poches pleines. C’était la fin de l’aventure du Cobalt Camp pour eux, mais le début de la plus importante ruée vers l’argent en Amérique du Nord. 

Photo prise à Ciobalt en 1931. On voit des baraques, avec des cordes à linge. Le sol est complètement dénudé.
Isabel McLaughlin (1903–2002), Untitled, c. 1931, Source : Queen’s University Archives, Isabel McLaughlin Fonds fournie par le musée McMichael

Une histoire sociale fascinante

L’effervescence autour du développement des mines s’est accompagnée d’une importante industrie du divertissement. L’équipe de hockey locale, les Silver Kings, est devenue l’une des premières équipes formant la National Hockey Association, ancêtre de la Ligue nationale de hockey. Il y avait des équipes de baseball, des théâtres — Cobalt en a compté six — et une salle d’opéra.

Faute de balises, les lieux se sont développés rapidement et de façon désorganisée. L’expérience a d’ailleurs incité le gouvernement de l’Ontario à encadrer le développement des villes fondées autour de l’exploitation des ressources naturelles – Kirkland Lake, Iroquois Falls, Kapuskasing.

Une toile colorée d'Yvonne McKague Housser, peinte en 1931, représente les bâtiments qui forment Cobalt.
En 2023, le musée McMichael a présenté une exposition sur Cobalt. Yvonne McKague Housser a peint cette toile, « Cobalt », en 1931.  Photo : Andréanne Joly (au Musée McMichael). La toile fait partie de la collection du Musée des Beaux-Arts du Canada.

Un parcours historique

L’Heritage Silver Trail fait découvrir l’histoire mirobolante de Cobalt, dont les traces demeurent encore bien visibles. Ce parcours, œuvre de la Cobalt Historical Society, met l’accent sur l’aspect minier de la ville en une quinzaine d’arrêts.

NorddelOntario.ca vous propose un parcours de 2,5 km construit à partir de cet Heritage Silver Trail dans la petite ville qui compte aujourd'hui moins de 1000 habitants. 

Vous verrez tantôt des fondations, tantôt des chevalements, des galeries, des veines, des monuments et des belvédères. Vous verrez aussi des clôtures : pour des raisons de sécurité, l’accès à certains lieux est limité. D’autres éléments ont tout simplement été retirés du parcours. Vous trouverez tous les points d'intérêt au musée minier ou sur le site de la Cobalt Historical Society.

Si vous avez le cœur à la randonnée, ajoutez une randonnée de l’autre côté du lac - ou faites-la ensuite en voiture. Suivez le guide!

Le parcours à pied

Le point de départ de cette boucle est au centre de la ville, au parc patrimonial aménagé devant le musée minier.

Une scultpure de bronze représentant des mineurs est installé sur un affleurement, dans un parc. On voit aussi des panneaux d'interprétation.
Départ au parc minier. Photo : Andréanne Joly

1. Chevalement Pan Silver 

Entre un affleurement rocheux et un chevalement (où la Cobalt Historical Society a ses bureaux), une sculpture de bronze commémore les mineurs de Cobalt. 

Ce parc rappelle surtout le rôle qu’a joué Willet Green Miller, premier géologue provincial de l’Ontario, dans le développement de Cobalt : en déterminant la structure des filons, il a stimulé leur exploitation.

Marchez environ 9 minutes (650 m) vers le chevalement Townsite et le «Glory Hole».

Un dessin montre une galerie, surmonté d'un puits et d'un chevalement.
John Wesley Cotton, «The Open Cut, O’Brien Mine, Cobalt, 1916». Photo prise par Andréanne Joly au musée McMichael, collection du MBA du Canada. 

2. Chevalement Townsite et «Glory Hole»

Les puits sont apparus comme des champignons à Cobalt. Regardez autour : il en reste quelques-uns, mais c’est une poignée par rapport à ce qui existait par le passé. À côté du chevalement Townsite, on peut observer une crevasse, le «Glory Hole». Des tunnels souterrains, où l’on transportait le minerai par chariots sur rail, rejoignaient le puits. Le sous-sol contenait tellement de tunnels que la ville a dû mener d'importants travaux de voirie, dans les années 1990, pour éviter les effondrements.

Marchez 12 minutes (900 m) en direction du lac et de la gare.

En route, observez le lac Cobalt et les affleurements rocheux où se trouvaient des usines. En 1913, le lac est déjà fortement pollué par l’exploitation minière et la présence humaine. Il est asséché pour exploiter les veines sous-jacentes. 

Photo prise en 1908 des rives du lac. De l'autre côté, on voit une petite usine et des galeries d'où l'on extrait de l'argent.
La mine Cobalt Central en 1908. Photo :  Bibliothèque et Archives Canada / C-000179. 

3- Gare

Dès 1905, des gens de toute la planète passent par cette gare pour venir travailler à Cobalt. I,s se sont regroupés et créé des quartiers ethnoculturels, comme le Frenchtown, à l’extrémité nord de l’agglomération. 

En 1911, 12 000 personnes habitaient la ville champignon. De ce nombre, 3500 travaillent dans les mines.

Cette gare historique, construite en 1910, a été conçue par l’architecte d’Union Station et du Royal Alexandra Theater de Toronto. Elle est protégée par la Loi sur le patrimoine de l’Ontario (1979) et a été inscrite à la Fiducie du patrimoine ontarien (1993). Elle a conservé ses murs en bois et ses planchers de terrazzo.

On y a aménagé une auberge à deux suites.

Marchez environ 5 minutes (350 m).

La gare de Cobalt fourmille. La photo a été prise dans les années 1910.
La gare de Cobalt. Photo : Bibliothèque et Archives Canada / PA-044909.

4- Parc Jack Koza

Comme l’argent reposait à la surface du sol, il était tout simple de l’extraire manuellement, avec quelques outils et de la dynamite. Après quelques années, il a fallu creuser des tunnels et des chevalements s’élevèrent dans le ciel. Le minerai à plus faible teneur, accumulé dans les décharges, fut également traité. Dans le parc, de l’équipement minier est exposé et des panneaux d’interprétation expliquent son utilité.

Pour l’instant, la forge de Fred Larose est au bout du lac à 450 m. On prévoit cependant de la déménager au parc Jack Koza. Allez-y, le détour en vaut la peine! L’aller-retour prend moins de 15 minutes à pied. À côté de la forge, vous verrez le chevalement Right-of-Way, le plus photographié de Cobalt.

Un chevalement, aux fenêtres barricadées
Le chevalement Right-of-Way. Photo : Andréanne Joly

Marchez environ 7 minutes (450 m) vers le café Lavender Fox et le chevalement Coniagas #4. 

Vous passerez devant la librairie White Mountain Publications, qui offre de nombreuses publications sur l’histoire locale.

5- Lavender Fox

C’est l’occasion de prendre un café et d’observer les environs! L’histoire se voit partout. À côté d’ici, la mine Coniagas a été en activité pendant 20 ans. En 1924, la famille Giachino a acheté le chevalement et l’a transformé en marché d’alimentation. La viande étant gardée au froid dans le puits, où circulait de l’air bien frais. 

Marchez 1 minute (110 mètres). Vous passerez devant le chevalement Coniagas #4, le Bunker Museum et le Classic Theater.

Un montage photo montre les chevalements de mine qui se sont autrefois élevés à Cobalt.
Il y en a eu, des chevalements, à Cobalt! Vous en verrez quelques-uns au musée minier. Photo : Andréanne Joly

6-  Musée minier

Le musée minier raconte l’histoire du Cobalt Camp. On y trouve des photographies, des objets et des souvenirs. Il compte aussi une belle collection de minerai argentifère au monde. 

Le musée est le point de départ de visites organisées d’une mine souterraine et d’un chevalement situés à proximité. Vous y trouverez aussi un guide imprimé décrivant la visite à pied des mines d’argent de la Cobalt Historical Society dans son ensemble.

De l’autre côté du lac : un sol riche

Parlons géologie, un peu. Ici, sur le Bouclier canadien, des roches sédimentaires auraient couvert la roche ignée il y a de 2,2 à 2,8 milliards d’années. Ensuite, des éléments en fusion auraient remonté et formé des crevasses de 300 m de profondeur. Celles-ci ont permis le dépôt de divers minéraux. C’est ce qui est à l’origine des filons d’argent, qui contiennent aussi du bismuth, de la dolomite, de la pyrite et du quartz.

Si cet aspect vous intéresse, prolongez votre parcours en faisant le tour du lac. Vous verrez de près des filons et des trous de mine. Vous pouvez le faire en voiture, après votre marche!

Quatre filons se rejoignent, de l’autre côté du lac. Certains permettent d'observer les galeries souterraines, les roches stratifiées et les couches de conglomérat. Ces veines, autrefois couvertes de sol et d’arbres, ont été complètement dénudées en 1914. La végétation n’a pas repris le dessus – ce qui est indicateur des méthodes utilisées à l’époque.

Des rochers sont dénués. Au loin, on voit de la fumée s'échapper des crevasses.
La mine Nipissing de Cobalt en 1912. Photo : ministère des mines / Bibliothèque et  Archives Canada / PA-017811.

L’usine de concentration McKinley Darragh est le site de la toute première « découverte » d’argent pendant la construction du chemin de fer, Temiskaming and Northern Ontario Railway en août 1903. Installée à flanc de colline, la première usine en activité à Cobalt a traité près de 370 tonnes d’argent.

Tout près, le filon « Little Silver », découvert par Tom Hébert à l’automne 1903 (c’était sa 3e découverte), offre une vue de profil des galeries souterraines de la mine.

Une galerie est couvertes de structures de bois, qui semblent bancales.
Une ouverture de la mine McKinley-Darragh en 1927. Photo : Bibliothèque et Archives Canada / PA-013763. 

Deux autres sites permettent d’observer la géologie environnante : le belvédère de la colline Nipissing et le site de la mine Cobalt Lake.

Vous pourrez ensuite reprendre le chemin vers le village, en direction du parc Jack Koza.

N'oubliez pas d'aller récupérer la description du parcours au Musée d'histoire minier ou sur le site Web de la société d'histoire de Cobalt, que nous remercions pour leur collaboration!

À propos de Andréanne Joly

Andréanne Joly est l'une des autrices du livre «En train au Canada» (Gallimard Loisirs). Elle aime explorer, fouiller et faire découvrir la francophonie de l'Ontario et ses espaces touristiques. Par leur richesse, leur beauté, leur diversité et leur accessibilité, les destinations ontariennes ne cessent de l'épater. Elle prépare des reportages et des dossiers pour L'Express de Toronto, Northern Soul, ICI Radio-Canada, TFO, Francopresse.ca, Affaires universitaires, etc. Ses reportages lui ont valu des prix nationaux d'excellence. 

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